Le Trouble Déficit de l’Attention Hyperactivité (TDAH) est souvent perçu comme un problème isolé, mais il est en réalité un trouble neurodéveloppemental qui est rarement seul dans le parcours de vie d’une personne. Au lieu d’être une étiquette unique, le TDAH s’accompagne de multiples difficultés associées (neurodéveloppementales et psychiatriques) dont le profil se complexifie souvent avec l’âge.
L’approche consistant à se focaliser uniquement sur un trouble (« en silo ») est risquée, car de nombreux problèmes partagent des symptômes très similaires. Chez les adolescents et les adultes, les signes du TDAH sont souvent difficiles à repérer parce qu’ils sont masqués par la présence d’autres troubles, comme un trouble de l’humeur ou une addiction (trouble lié à l’usage de substances).
C’est pourquoi il est fondamental de rendre l’information médicale facile à comprendre et d’insister sur la nécessité d’aborder la neurodiversité dans son ensemble, et non en se concentrant sur un seul diagnostic. Cet article à pour but de vous permettre de mieux appréhender ce trouble.
Naviguer le TDAH : Comprendre les liens avec d’autres troubles
Le Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH) est une condition neurodéveloppementale complexe, mais loin d’être incompréhensible. Si vous cherchez à mieux cerner ses contours, une des clés est de savoir qu’il est rarement seul. En effet, le TDAH est très souvent accompagné d’autres troubles, que ce soit au cours de l’enfance ou à l’âge adulte. C’est ce que les spécialistes appellent la comorbidité.
Pour y voir plus clair, il est essentiel de maîtriser deux concepts fondamentaux :
Si ces termes vous semblent complexes, c’est normal. Leur distinction est l’un des aspects les plus délicats du diagnostic, même pour les professionnels. La situation est souvent délicate, car de nombreux troubles qui accompagnent le TDAH partagent des symptômes avec lui.
Cette présentation a pour but d’éclaircir les liens les plus courants entre le TDAH et d’autres troubles, afin de vous aider à mieux naviguer cette complexité.
La principale raison pour laquelle le diagnostic du TDAH peut être difficile à poser est le chevauchement des symptômes. Plusieurs troubles, bien que distincts, peuvent se manifester de manière similaire. L’article source (en annexe) identifie trois symptômes particulièrement trompeurs qui peuvent appartenir à plusieurs catégories de diagnostic :
Face à ce brouillage, comment un professionnel peut-il faire la part des choses ?
La clé réside dans ce que l’on appelle une « anamnèse développementale précise ». Il s’agit d’une analyse approfondie de l’histoire complète de la personne, depuis sa petite enfance, pour comprendre quand et comment les symptômes sont apparus et ont évolué. Cette perspective historique est la véritable clé de voûte du diagnostic : elle permet de distinguer l’origine des difficultés et de démêler l’écheveau des symptômes.
Explorons maintenant plus en détail les relations spécifiques entre le TDAH et les troubles qui lui sont le plus souvent associés, en commençant par un autre trouble neurodéveloppemental majeur : le trouble du spectre de l’autisme.
La co-occurrence du TDAH et du Trouble du Spectre de l’Autisme (TSA) est remarquablement élevée. Les statistiques montrent à quel point ces deux conditions sont liées :
| Population de départ | Prévalence de la condition comorbide |
| Personnes diagnostiquées avec un TSA | 40,2 % ont aussi un TDAH. |
| Enfants diagnostiqués avec un TDAH | 19 % à 24 % ont aussi un TSA. |
L’un des principaux défis de cette double condition est l’effet de « masquage ». Selon un consensus d’experts (UKAP), les symptômes souvent plus visibles et extériorisés du TDAH, comme l’hyperactivité et l’impulsivité, peuvent cacher les difficultés plus subtiles de communication sociale typiques du TSA. Ce phénomène peut malheureusement retarder le diagnostic correct du TSA. C’est ici que l’anamnèse développementale devient cruciale, en cherchant des signes précoces de difficultés sociales qui auraient pu être éclipsés par l’hyperactivité.
De plus, les symptômes peuvent s’influencer mutuellement. Par exemple, une caractéristique du TSA comme « une sensibilité exacerbée aux détails » peut directement amplifier la distractibilité, un symptôme central du TDAH.
Cette intrication met en lumière la nécessité d’une évaluation complète. Mais le TDAH ne se lie pas uniquement au TSA ; il est aussi fréquemment associé aux troubles anxieux.
L’association entre le TDAH et les troubles anxieux est l’une des plus fréquentes, en particulier à l’âge adulte. Les chiffres sont parlants : environ la moitié des adultes atteints de TDAH ont également un trouble anxieux comorbide.
Ici encore, le chevauchement des symptômes peut prêter à confusion. La difficulté de concentration, par exemple, peut provenir de deux sources très différentes. Pour les distinguer, il faut s’interroger sur leur origine.
| Symptôme commun | Origine dans le TDAH | Origine dans un trouble anxieux |
| Difficulté de concentration | Un déficit neurodéveloppemental dans la capacité à filtrer les distractions et à soutenir l’effort mental. L’attention est détournée par des stimuli externes ou internes non pertinents. | Une occupation de l’esprit par des pensées anxieuses (ruminations, inquiétudes) qui consomment les ressources attentionnelles disponibles. |
Pour faire la différence, le clinicien s’appuiera une fois de plus sur l’histoire de vie : l’inattention du TDAH est un trait constant depuis l’enfance, tandis que l’inattention liée à l’anxiété est souvent plus fluctuante et contextuelle. La présence d’un trouble anxieux peut, comme dans le cas du TSA, entraîner un retard dans le diagnostic du TDAH, car les symptômes anxieux peuvent être plus apparents ou considérés comme la cause principale des difficultés.
En plus de l’anxiété, une autre dimension émotionnelle est à surveiller de près : les troubles dépressifs.
Les adultes avec un TDAH présentent une vulnérabilité accrue à la dépression. Le risque de développer un trouble dépressif est multiplié par 3 à 5 par rapport à la population générale. Plusieurs facteurs, liés au parcours de vie avec un TDAH non diagnostiqué ou mal pris en charge, expliquent cette vulnérabilité :
Cette information n’est pas faite pour alarmer, mais pour souligner l’importance d’être attentif aux signes de tristesse persistante et de ne pas les attribuer uniquement au TDAH.
Pour le diagnostic, la chronologie est une fois de plus déterminante. La question fondamentale que se pose un clinicien est la suivante :
Les difficultés d’attention et de concentration existaient-elles avant l’apparition de l’épisode dépressif ?
Cette question est au cœur de l’anamnèse développementale et permet de distinguer un TDAH de longue date d’un trouble cognitif induit par la dépression.
Un point de vigilance majeur et qui justifie pleinement une évaluation rigoureuse est que l’association de l’impulsivité du TDAH avec la détresse d’un trouble dépressif « explique un risque suicidaire élevé ». Identifier cette double problématique est donc essentiel pour mettre en place un filet de sécurité adapté. Démêler ces conditions n’est donc pas seulement une question de confort, mais de pronostic vital.
Face à cette complexité, il est naturel de se sentir dépassé. Cependant, les professionnels s’appuient sur une démarche structurée pour y voir clair et poser un diagnostic fiable. Leur démarche s’articule autour de plusieurs axes :
Le TDAH est une condition neurodéveloppementale qui, bien souvent, ne vient pas seule. Comprendre ses interactions avec d’autres troubles comme l’autisme, l’anxiété ou la dépression est la première étape indispensable pour une prise en charge efficace.
Le chevauchement de symptômes clés tels que les difficultés de concentration, l’impulsivité et l’irritabilité est la raison principale pour laquelle un diagnostic approfondi, mené par un professionnel qualifié, est absolument crucial. Il ne s’agit pas seulement de mettre une étiquette, mais de comprendre la dynamique unique de chaque personne en retraçant son histoire.
Finalement, un diagnostic précis et complet n’est pas une fin en soi, mais le point de départ. Il ouvre la voie à des stratégies thérapeutiques personnalisées qui peuvent « améliorer de façon décisive le fonctionnement social et le pronostic des personnes atteintes ». Mieux comprendre, c’est se donner les moyens de mieux agir.
Hugues de Combarel
Fondateur et dirigeant d’Atypie Conseil